Golfeur professionnel au moment de l'impact montrant le transfert de poids parfait sur la jambe avant avec extension dynamique
Publié le 18 mars 2024

En résumé :

  • Arrêtez de « penser » à transférer votre poids et commencez à le « sentir » en utilisant le sol.
  • Le « Step Drill » est l’exercice le plus efficace pour synchroniser naturellement le bas du corps avec le haut du corps.
  • La puissance ne naît pas d’un glissement latéral (sway), mais d’une rotation explosive des hanches initiée par une poussée au sol.
  • Protéger votre dos et assurer la répétabilité passe par une bonne séquence : le bas du corps commence TOUJOURS la descente.

Vous êtes là, figé sur votre jambe arrière, et vous regardez votre balle s’envoler dans une trajectoire lunaire, pour finalement retomber sans conviction, bien loin de votre objectif. Cette frustration, ce sentiment de puissance contenue qui ne demande qu’à exploser, vous connaissez ? On vous a sûrement répété des centaines de fois de « transférer votre poids » ou de « tourner les hanches ». Ces conseils, bien que partant d’une bonne intention, restent souvent des concepts abstraits qui mènent à plus de confusion qu’à des résultats tangibles. Ils peuvent même encourager des défauts comme le glissement latéral, le fameux « sway » qui tue le contact de balle.

Et si le secret n’était pas de « penser » à transférer, mais d’apprendre à utiliser le sol comme un véritable trampoline ? Si la clé n’était pas un simple mouvement latéral, mais une séquence dynamique et précise qui transforme votre corps en un ressort surpuissant ? C’est tout l’enjeu de la motricité moderne au golf : passer d’une vision mécanique et décomposée à une sensation athlétique et fluide. Oubliez l’idée de « pousser » votre poids vers la cible. Nous allons apprendre à déclencher une réaction en chaîne, où chaque segment de votre corps s’active dans un ordre parfait pour une libération d’énergie maximale à l’impact.

Cet article est votre plan de match. Nous allons d’abord quantifier ce que vous laissez sur la table en ignorant cette dynamique. Ensuite, nous passerons à la pratique avec des exercices concrets et des images mentales claires pour enfin sentir ce fameux transfert. Nous corrigerons les erreurs les plus courantes qui détruisent votre élan et nous établirons la chronologie exacte de ce mouvement pour ne plus jamais être en retard sur la balle.

Pourquoi ne pas transférer son poids vous coûte 30 mètres au drive ?

Le chiffre est brutal, mais il est nécessaire : vous laissez probablement 15, 20, voire 30 mètres sur le parcours à chaque mise en jeu, simplement à cause d’une mauvaise utilisation du bas du corps. Ce n’est pas une estimation au hasard, c’est une réalité biomécanique. En restant sur votre jambe arrière, vous transformez votre swing en un simple mouvement de bras. Vous « liftez » la balle au lieu de la compresser. La puissance générée par vos jambes et vos hanches, les muscles les plus forts de votre corps, est complètement gaspillée. Une étude confirme que plus de 83% des golfeurs amateurs peuvent augmenter leur distance de manière significative juste en optimisant leur technique.

Le but ultime, c’est d’atteindre une répartition de poids où environ 80% de votre poids est sur la jambe avant au moment de l’impact. Imaginez un lanceur de poids ou un batteur de baseball : aucun d’entre eux ne finit son mouvement en appui sur sa jambe arrière. Ils s’ancrent sur leur jambe avant pour créer un point de pivot solide et permettre au reste du corps de tourner à une vitesse maximale autour de cet axe. Pour un golfeur, ne pas transférer, c’est comme essayer de lancer une pierre en restant assis sur une chaise. Vous avez la force, mais vous n’utilisez pas le levier le plus puissant à votre disposition : le sol.

Cette dynamique est la pierre angulaire d’un swing puissant et la première étape pour débloquer votre potentiel de distance.

Comment utiliser le « step drill » pour sentir le transfert naturel ?

Assez de théorie, passons à l’action. Si vous ne devez retenir qu’un seul exercice pour enfin « sentir » ce que signifie initier la descente par le bas du corps, c’est le « step drill ». Sa beauté réside dans sa simplicité. Il ne demande pas de réfléchir, mais de bouger. Des joueurs de classe mondiale comme Padraig Harrington ou Xander Schauffele l’utilisent constamment pour garder leur séquence affûtée. D’ailleurs, comme l’a dit Harrington lui-même :

It’s much more natural to step

– Padraig Harrington, PGA TOUR Champions

Le « step drill » a été un élément clé pour Xander Schauffele pour améliorer ses statistiques au driver, l’aidant à passer de la 47ème à la 12ème place en « strokes gained off the tee ». La preuve par les chiffres que ce mouvement instinctif est une source de performance.

Voici comment le réaliser :

  1. Positionnez-vous à l’adresse, les pieds joints.
  2. Au début de votre montée (backswing), faites un petit pas vers l’arrière avec votre pied droit (pour un droitier) pour vous retrouver dans une posture normale.
  3. Au moment où votre club atteint le sommet de l’élan, faites un pas en avant avec votre pied gauche en le ramenant vers la cible.
  4. Ce pas doit déclencher votre descente. Vous allez sentir que votre bas du corps bouge vers la cible et commence à tourner bien avant que vos bras et vos épaules ne commencent à redescendre.

L’image ci-dessous illustre parfaitement la fluidité de ce mouvement qui synchronise le transfert et la rotation.

Séquence en trois temps du step drill montrant la progression du mouvement de transfert de poids

En pratiquant ce drill, vous allez recâbler votre cerveau pour que le premier mouvement de la descente soit un pas vers l’avant, et non une traction des bras. C’est la sensation la plus pure de la séquence cinétique correcte.

Répétez-le sans balle, puis avec une balle sur un tee, et vous sentirez une nouvelle source de puissance se libérer.

Glisser ou tourner : quelle est la bonne image mentale pour les hanches ?

L’une des plus grandes sources de confusion pour les amateurs est la différence entre un « glissement » (sway) et une « rotation ». Beaucoup de golfeurs, en essayant de « transférer leur poids », se contentent de faire glisser leurs hanches latéralement vers la cible. C’est une erreur catastrophique. Ce glissement déplace le point bas de votre arc de swing, provoquant des contacts de balle désastreux (tops, grattes) et annule toute la puissance que vous essayez de générer. La bonne image mentale n’est pas de « glisser », mais de tourner autour d’un axe fixe, comme une toupie.

Le tableau suivant synthétise les différences fondamentales entre ces deux mouvements. Votre objectif est de vous situer systématiquement dans la colonne de droite.

Glissement vs Rotation : caractéristiques et effets
Aspect Glissement (Sway) Rotation correcte
Mouvement Déplacement latéral excessif Rotation autour de l’axe vertébral
Impact sur le contact Grattes et tops fréquents Contact solide et régulier
Transfert de poids Passif et incontrôlé Actif et synchronisé
Résultat Perte de distance et précision Puissance maximale

Pour une rotation correcte, imaginez que vous avez une tige qui traverse votre corps du sommet du crâne jusqu’au sol. Votre hanche gauche (pour un droitier) doit reculer et s’effacer, et non pas coulisser vers la cible. C’est ce mouvement de rotation qui va créer de l’espace pour que vos bras puissent passer à pleine vitesse et qui va maintenir le centre de votre swing stable pour un contact de balle pur et puissant.

La prochaine fois que vous êtes sur le practice, pensez « rotation », pas « glissement ». Pensez « toupie », pas « essuie-glace ».

L’erreur de basculer vers la cible à la montée qui détruit l’équilibre

Un défaut encore plus insidieux que le glissement à la descente est son cousin maléfique : le « reverse pivot », ou pivot inversé. Il se produit lorsque, pendant votre montée (backswing), au lieu de charger votre poids sur votre jambe arrière, vous basculez vers la cible. Votre colonne vertébrale s’incline vers l’avant, votre poids passe sur votre pied avant, et à partir de là, tout votre swing est compromis. Pour revenir sur la balle, vous serez obligé de faire le mouvement inverse à la descente : basculer violemment sur votre jambe arrière. C’est la recette parfaite pour un contact faible, une balle qui monte au ciel et une perte totale d’équilibre.

Le sway, ce déplacement latéral des hanches vers l’arrière au backswing, est souvent une tentative inconsciente d’éviter ce pivot inversé. Mais c’est un défaut majeur qui vous prive de régularité et de distance. Pour initier correctement la descente par le bas du corps, il faut d’abord que la montée soit correcte. Vous devez sentir que vous chargez un ressort sur votre côté droit (pour un droitier), avec le poids qui se déplace sur l’intérieur de votre pied droit, et non sur votre pied gauche.

Votre plan d’action pour débusquer et corriger le reverse pivot

  1. Points de contact : Au practice, placez un club ou un sac de golf juste à l’extérieur de votre hanche droite. Si vous la touchez en montant, vous glissez (sway).
  2. Collecte : Filmez-vous de face. Au sommet de votre élan, votre tête et le haut de votre corps doivent être derrière la balle, pas au-dessus ou devant.
  3. Cohérence : Tournez la pointe de votre pied droit légèrement vers l’intérieur à l’adresse. Cela crée une résistance qui empêche la hanche de trop tourner et favorise un chargement correct du poids.
  4. Mémorabilité/émotion : Face à un miroir, placez vos mains sur vos hanches. Tournez vers la droite comme pour regarder derrière vous. Sentez le poids se charger à l’intérieur du pied droit. C’est cette sensation que vous devez retrouver.
  5. Plan d’intégration : Commencez par des demi-swings en vous concentrant uniquement sur cette sensation de « chargement » à droite avant de réintégrer progressivement le mouvement complet.

Une montée stable et bien chargée est la condition sine qua non pour un déclenchement puissant et équilibré de la descente.

Quand transférer le poids : le séquençage précis par rapport au sommet du swing

C’est la question à un million d’euros : à quel moment EXACTEMENT faut-il commencer le transfert ? La réponse est contre-intuitive pour beaucoup : la descente s’initie par le bas du corps avant même que le club n’ait terminé sa montée. C’est ce qu’on appelle la transition. C’est une micro-seconde où le bas de votre corps change de direction alors que le haut termine son mouvement. C’est LE secret de l’effet « ressort ». Malheureusement, la plupart des golfeurs moyens initient la descente avec le haut du corps, ce qui entraîne une perte de vitesse et une cascade de mauvais coups.

L’image la plus juste est celle d’un lanceur de disque ou d’un baseballeur qui frappe une balle. Leurs hanches commencent à tourner vers la cible alors que leurs bras sont encore en arrière. Cette dissociation crée une tension, un « lag » (retard) qui est ensuite libéré de manière explosive. Dans le swing de golf, ce premier mouvement est une poussée subtile sur le sol avec le pied avant. C’est un changement de pression au sol qui déclenche la rotation des hanches.

L’image suivante capture ce moment crucial où la pression change de pied, marquant le début de la séquence de puissance.

Vue macro détaillée de la position des pieds montrant la pression au sol au moment de la transition

Visualisez ceci : lorsque votre club arrive au sommet, votre première pensée ne doit pas être « frappe la balle », mais « pousse dans le sol avec ton pied avant ». Ce simple signal mental va enclencher toute la chaîne cinétique dans le bon ordre : le sol repousse votre jambe, qui fait tourner votre hanche, qui entraîne votre torse, qui amène vos bras, qui enfin propulse le club. C’est la séquence de la puissance.

La puissance n’est pas une question de force brute, mais de timing et de séquence. Entraînez-vous à sentir ce moment de transition, et vous débloquerez une vitesse que vous ne soupçonniez pas.

L’erreur de porter des spikeless usés sur un dévers humide

Vous pouvez avoir la meilleure technique du monde, si vos pieds glissent au moment crucial, toute votre énergie se dissipe dans le sol. C’est comme essayer de faire un démarrage en trombe avec une voiture de sport sur une plaque de verglas. La connexion au sol est le fondement de la puissance. C’est par les pieds que vous « agrippez » le sol pour pouvoir tourner contre lui et créer du couple. Porter des chaussures de golf, notamment des modèles « spikeless » (sans crampons), dont la semelle est usée, surtout sur un terrain humide ou en dévers, est un sabotage pur et simple de votre swing.

Le sol n’est pas seulement une surface sur laquelle on marche, c’est votre partenaire de puissance. Vous devez pouvoir y prendre appui sans la moindre crainte de déraper. Un léger glissement du pied d’appui au moment de la transition ou de l’impact suffit à ouvrir la face de club, à vous déséquilibrer et à transformer un coup potentiellement parfait en un slice incontrôlable. Comme le souligne un expert en biomécanique :

Pour être efficace, il faut générer du couple avec les hanches et de l’accroche au sol au niveau des pieds. C’est pourquoi il faut choisir des chaussures qui ne glissent pas.

– Professeur en biomécanique, Conférence FFGolf Biomécanique

Le choix de vos chaussures n’est pas une question de style, c’est une décision technique. Assurez-vous qu’elles offrent une adhérence maximale dans toutes les conditions. Si vous sentez la moindre instabilité, le moindre dérapage, c’est qu’il est temps de les changer. Ne laissez pas une semelle usée vous voler la puissance que vous travaillez si dur à construire.

L’ancrage au sol est non négociable. C’est la base sur laquelle toute votre puissance est construite.

L’erreur de glissement des hanches qui tue votre contact de balle

Nous avons établi que le glissement latéral (sway) est l’ennemi. Mais comment le corriger concrètement quand il est ancré dans notre motricité ? La cause profonde d’un glissement excessif est souvent une faiblesse des muscles stabilisateurs : les fessiers et la ceinture abdominale (le « core »). Quand ces muscles ne sont pas assez forts pour « tenir » la rotation, le corps compense en se déplaçant latéralement. La solution n’est donc pas seulement technique, elle est aussi physique.

Il est crucial de différencier le mauvais glissement passif du bon shift contrôlé. Le « shift » est un léger mouvement latéral initial des hanches vers la cible qui précède la rotation. Il est intentionnel et permet de mettre le poids sur la jambe avant. Le « sway », lui, est un déplacement excessif où la hanche sort de l’aplomb du pied avant, signe d’un manque de contrôle. Pour transformer un sway en un shift efficace, un renforcement musculaire ciblé est indispensable. Intégrer des exercices spécifiques dans votre routine va vous donner la stabilité nécessaire pour enfin tourner sur place sans vous déporter.

Voici un programme de renforcement de base pour construire des hanches en béton :

  • Glute bridges : 3 séries de 15 répétitions pour activer et renforcer les fessiers, le moteur de votre rotation.
  • Bird-dog : 3 séries de 10 répétitions de chaque côté pour améliorer la stabilité de votre ceinture abdominale et votre équilibre.
  • Planche latérale : Tenir 3 fois 30 secondes de chaque côté pour renforcer les obliques, essentiels pour résister au glissement.
  • Envisagez des séances de posturothérapie pour une approche plus globale visant à améliorer la performance musculaire et à augmenter l’amplitude articulaire.

Un corps plus stable est un corps capable de produire un swing plus puissant et, surtout, plus régulier.

À retenir

  • L’objectif chiffré : avoir 80% de son poids sur la jambe avant à l’impact pour compresser la balle et non la lifter.
  • Le « Step Drill » n’est pas une option, c’est le meilleur exercice pour sentir et automatiser la bonne séquence de démarrage de la descente.
  • Pensez « Rotation » et non « Glissement ». Votre hanche gauche (pour un droitier) doit reculer et s’effacer, pas coulisser vers la cible.

Comment construire un swing de golf répétable sans se blesser le dos ?

Gagner en puissance, c’est exaltant. Mais le faire au détriment de son corps est une stratégie à très court terme. Un swing puissant mal séquencé met une pression énorme sur le bas du dos. En effet, la performance ne doit pas se faire au détriment de la santé, comme le rappellent les experts en biomécanique. Lorsque le bas du corps ne déclenche pas la descente, le haut du corps et les bras prennent le relais. Cette inversion de la séquence cinétique oblige le dos à compenser, notamment les vertèbres lombaires qui absorbent des forces de torsion et de compression pour lesquelles elles ne sont pas conçues.

Selon les analyses biomécaniques, les lombaires supportent 25% de l’énergie du swing. Si la séquence est mauvaise, ce chiffre explose. La clé pour un swing à la fois puissant et sans danger est la dissociation. C’est la capacité à faire tourner le bas et le haut du corps à des vitesses et des moments différents. En initiant la descente avec les hanches pendant que les épaules sont encore en arrière, vous créez de l’élasticité et vous protégez votre dos. Le mouvement est fluide, connecté, et l’énergie circule sans point de blocage.

Intégrez ces exercices pour développer une meilleure dissociation et protéger votre dos :

  • Tournez avec fluidité autour de votre colonne vertébrale, sans jamais forcer ni bloquer vos hanches.
  • Exercice assis : Sur une chaise, les pieds au sol, tournez vos épaules de droite à gauche sans que vos genoux ne bougent. C’est l’essence même de la dissociation.
  • Rappelez-vous toujours : les hanches déclenchent la descente avant les épaules, créant une inertie naturelle et protectrice dans le shaft.
  • Ne négligez jamais les étirements actifs de la chaîne postérieure après chaque séance de golf.

Pour allier puissance et longévité, il est vital de ne jamais oublier les principes d'un swing respectueux de votre corps.

En maîtrisant la séquence dynamique du bas du corps, vous ne gagnerez pas seulement des mètres sur le fairway, mais aussi des années de plaisir sur le parcours. Évaluez dès maintenant comment intégrer ces principes dans votre routine pour transformer votre jeu durablement.

Rédigé par Marc Delacour, Coach technique de haut niveau et analyste de swing, Marc utilise la vidéo et la data pour corriger les trajectoires et construire des swings répétables.